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Société des Amis du Musée Guimet

2014

Casque Suji-bachi kabuto aux armoiries du clan Wakizaka et masque Menpô

Ecole Myôchin, branche de Ki - seconde moitié de l'époque d'Edo (2e moitié du XVIIIe-XIXe siècles)

Casque

Matériaux : fer laqué noir, fer naturel, bois laqué, soie, poils d'ours, crins de cheval.

Casque de type Goshôzan, la forme de la bombe kabuto présentant un arrière légèrement plus élevé que l'avant. Il est réalisé selon la technique suji-bachi , constitué de 62 lamelles de fer rivetées présentant un retour à angle droit (le suji étant l'arête perpendiculaire à la surface du casque formée par le pliage apparent des lamelles). Les ailettes de chaque côté du casque (fukigaeshi) portent le Mon du clan Wakizaka, formé de deux cercles s'interpénétrant, peints à la laque d'or hiramaki-e. Couvre-nuque shikoro fixé au casque, constitué de lames de fer laqué assemblées par des cordons. Visière mabizashi de forme légèrement archaïsante. Maedate - ornement décoratif situé sur le devant du casque - en forme de tama bouddhique saisi par trois griffes de dragon.

Demi-masque Menpô couvrant le bas du visage, constitué de deux parties assemblées par des pitons, nez détachable, de style grimaçant, dit en cela de style ressei. Dans un état de conservation remarquable ce casque a conservé son couvre-nuque, son gorgerin et surtout est associé à son demi-masque (mempô). Il porte sur chacune des ailettes fukigaeshi les armoiries de la famille Wakizaka.

La famille Wakizaka fut dotée d'un important domaine dans la province de Harima sous le shogunat des Tokugawa ; Wakizaka Yasumasa devint en effet daimyô de l'un de ces fiefs en 1672, que son clan contrôlera jusqu'à l'ère Meiji. L'importance économique et politique de la province d'Harima (située dans le département actuel d'Himeji, à l'extrémité orientale du Sud-Ouest du Japon), le fait qu'il s'agissait d'un centre de communications et d'échanges important, expliquent d'ailleurs que dès la fin du XVIe siècle elle soit devenue par l'action du régent Toyotomi Hideyoshi maillée d'un réseau de forteresses destiné à assurer l'unification du territoire. C'est à cette époque que fut édifié le nouveau château de Tatsuno, investi par le clan Wakizaka, à une quinzaine de kilomètres de la célèbre forteresse de Himeji auquel il apparaît d'ailleurs subordonné.

Le casque et le demi-masque grimaçant en acier patiné (dit en cela de style ressei) sont attribués à l'école Myôchin, branche de Ki, armuriers particulièrement réputés durant l'époque d'Edo.

Le casque est de type suji-bachi, composé de 62 lamelles rivetées présentant des rebords à angle droit, et assurant par cette technique une rigidité et une protection importante. Il est de forme kôshôzan, à bombe ronde légèrement plus élevée qu'au début de l'époque de Muromachi, et surmonté d'un important toupet en crins de cheval.

La surenchère décorative des pièces marque en général l'évolution de ce type d'ensemble à la période d'Edo durant laquelle l'armure perd son aspect fonctionnel au profit de l'apparat, exaltant la puissance et la richesse de son propriétaire. Cette dimension se trouve ici tempérée par la sobriété d'une iconographie bouddhique assez peu courante, trois griffes de dragon en bois laqué entourant un tama ou joyau bouddhique en bois doré censé exaucer les souhaits.

Sans relever explicitement de la catégorie des « casques spectaculaires », kawari kabuto, ce casque évoque par l'iconographie de son maedate, comme par l'utilisation plutôt rare de matériaux animaux, la fonction symbolique et propiatoire du casque. Ainsi la présence de poils d'ours, ici discrète, s'explique sans doute par le fait que l'ours est alors considéré au Japon comme un animal des plus majestueux et redoutable, son évocation ici permettant d'inspirer la crainte aux ennemis.

Quant à l'utilisation d'un symbole bouddhique sur le frontal, ici le joyau tama (cintamani) censé exaucer les souhaits, elle est également attestée à l'époque d'Edo sans être toutefois fréquente. Sont adjoints ainsi en tant que maedate des figurations plutôt rares de foudre vajra, une statutette du Roi de Science Ususama-myôô (relevant l'un comme l'autre d'une pensée ésotérique)... En ce cas, l'iconographie du maedate révèle tant les croyances de celui qui porte le casque qu'elle joue un rôle protecteur, subjuguant l'ennemi par la puissance de la divinité incarnée ainsi. Les collections du MNAAG demeurent relativement pauvres dans ce domaine essentiel de la Voie du samouraï (trois armures complètes furent acquises en 2003, puis un masque sômen en 2005) et cette acquisition, par sa qualité, son iconographie et son état de conservation, constitue un enrichissement en tout point important, illustrant un style différent de ceux actuellement présentés et étoffant ce propos.